03.03.2006

Kirghizstan - Ouzbekistan

Dans cette Asie Centrale du Kirghizstan et de l’Ouzbékistan, j’ai goûté aux sentiments du voyageur derrière une lecture particulière : les vestiges d’une utopie.

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Le communisme a apporté une modernité improbable et éphémère sur des plateaux sauvages et imprenables. La planification économique et les échanges avec l’Union ont fait pousser des métros à Tachkent, des industries à Bichkek, des administrations, des écoles et des hôpitaux, à la place des Khanats ancestraux. Contre un peu de silence et une entière dépendance.
Toutes les utopies tentent d’exister et finissent un jour par mourir. Celle-ci a duré près d’un siècle. Le temps d’apporter des rêves d’ailleurs, qui disparaissent en quelques saisons ou demeurent en cicatrices éternelles.
Les nomades ont déjà quitté les Kolkhozes au profit des plaines. Mais les villes ne se refont pas en un jour. Les regrets et la nostalgie ne peuvent pas se réconcilier.
Pour voyager à travers le renouveau sauvage et l’empire disparaissant de cette Asie Centrale millénaire, tous les moyens de locomotion peuvent servir. Cette fois-ci j’ai voyagé en poèmes.


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Aux carnets de voyages

Raconte la Terre,

Raconte la Terre qui n’a pas été,
Qu’un été que l’on espère.
Raconte la pierre que l’on n’a pas taillée,
Sur les failles qui profèrent.

Terre taillée d’une pierre d’été
Qu’on a souillée en l’air,
Puis jetée à la mer.
Raconte la Terre qui n’a pas été.

J’ai pris la Terre en faille,
Jeté la pierre sur la paille,
Rencontré la Terre qui n’a pas été.

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Aux marionnettes des guichets soviétiques

Le bras du tampon,

Le tampon tombe sur la feuille
En fin de file de silence.
La table des agents de glace
Contemple les papiers souillés.

Le cirque du serpent de foule
Souffre en secondes arrêtées,
Inspire le temps strident,
Expirent les pas si bas.

La fièvre de lenteur meurt
Sur le bras du tampon long.
Un corps de camisole se désole
Et s’envole des horloges frivoles.

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Aux manœuvres de vitrine, aux prisons liberticides

Fausse décadence

Dans la prairie oubliée,
Le mirage est tout à l’heure passé.

Les maisons se déterrent
Et se superposent,
L’eau se jette en tuyaux,
La bougie fond en ampoule,
Le désert se coiffe d’une route,
Les villes se nomment et s’allument,
Les moteurs couvrent le bruit des chiens.
Et…
Une maison grise s’habille de barreaux
Dans la prairie oubliée.

Le mirage s’en est allé aujourd’hui.
Les sandales de misère
Marchent dans les flaques de la modernité perdue
Et la maison grise à tout à l’heure disparu.

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A la vanité des plans soviétiques

Le clochard en costard

Le pays était prêt pour le bal.
Il était habillé des vertus
Du monde planifié,
Administré. Eduqué.

Le pays était costumé
Pour un bal qu’on n’a jamais donné.

Le pays était costumé
Pour un bal qui s’est fait nuit blanche.

Une nuit blanche et froide,
Une nuit boueuse et sombre,
Une nuit sans abri.

Ce soir le costume est mort
Et se jette dans la nudité du sort.

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A la lenteur mortifères des douanes d’un autre siècle

Derrière la vitre

J’ai vu ce matin ce qui se cache
Derrière le vitrail du bureau.
Il y a un amas de barricades,
La négation de l’absurde,
La tristesse du sort,
La mort de la création.

J’ai ajouté ce matin ce qui s’entasse
Devant la vitrail sans un mot.
Un crachat entre les yeux mornes,
Une griffure sur tout le corps infâme,
La fougue du débat,
La sueur de la colère,
Un cri.

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A la révolution Kirghize

Coule la foule

Le numéro un s’est confié aux courtisans,
Le numéro deux a marché sur la foule.
Le traître l’emporte et le paranoïaque reste.

On grimpe dans le capital révolutionnaire
Contre des promesses en ferraille.
L’entreprise de la révolution
Fait l’affaire des négociants.

Les tracts et la télé s’accouplent
Sur une propagande majestueuse.
Les illettrés courent arracher les drapeaux
Et hurler dans la meute.

Quand la multitude court dans la nature,
D’autres commerçants font la même confiture.

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Au massacre d’une mer

Mer d’Aral,

J’ai marché sur les fonds marins
Sous un soleil lourd de chagrin
Dans des miettes de coquillages
Aux parfums d’anciens sillages.

J’ai vu sur le port des bateaux mourir de sable
En pleurant à jamais une mère ineffable
J’ai vu le sel et la soif de la mer d’Aral,
Dans la poussière aride d’une grande barrière de rocaille.

J’ai vu un vieux fleuve étranglé
Derrière l’estuaire délavé
J’ai su au désert amarré
Qu’il n’y aurait plus qu’une marée.

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Lorsqu’une ville devient musée

Khiva

Les belles villes disparaissent
Derrière leurs forteresses,
Sous le coup des brigands,
Des nomades, des tyrans.

Ou bien elles se confessent
Leurs lumières du couchant
En jetant leurs promesses
Au musée du mourant.

Oh ! Cités des légendes et des grandes victoires,
Qu’un tremblement de terre vous enfouisse dans l’histoire !
Ne remplissez pas les icônes décolorées
Des villes plates et déshonorées.

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A leurs yeux persans

Filles d’Orient

Dans les oasis des steppes d’Asie Centrale,
Des céramiques au brillant turquoise
Sont posés dans des hangars rougis par le soir.

Dans leurs reflets j’ai vu des visages de cristal
Aux échos enivrants des yeux turquoises
Posés sur des regards dévêtis par le soir.

J’ai vu les oasis des steppes d’Asie Centrale.

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A la pensée du retour

L’heure d’été

Voyage arrête-toi
Et laisse goûter ce thé sur mes lèvres.
Ne me quitte pas
Et rempli mes yeux de tes histoires.

Ne m’abandonne pas,
Reste encore un peu,
Le temps que j’oublie
Que j’ai été cet homme.

Le temps que j’oublie
Les murs de ma vie,
L’usure de mes couloirs
Et l’heure de mon sommeil.



Ce recueil est également publié sur www.i-voyages.net/Kirghizstan et sur www.i-voyages.net/Ouzbekistan

16:15 Publié dans Poèmes d'Asie Centrale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note